L’ABC de la ventilation en temps de COVID

La COVID-19, nous en entendons parler depuis plus d’un an. Plusieurs experts s’entendent sur des enjeux liés aux facteurs de propagation dans les milieux de travail, mais les moyens proposés et leur intensité varient selon l’auteur. Comment s’y retrouver ?!

Tâche difficile qui nécessite à la fois une compréhension technique, mais surtout une vision globale de toute la documentation qui est mise à la disposition du public pour en tirer des conclusions. Ce qui est d’autant plus complexe c’est qu’au final, l’impression générale est souvent : “ça dépend” ou “c’est du cas par cas”. Est-ce qu’il est possible, si toutes les étoiles sont bien alignées de proposer des espaces de travail sécuritaire en temps de COVID-19 ? Comme plusieurs de nos clients font appel à nous sur le sujet, nous avons mis Julien Bouchard, technicien mécanique et Pascal Véronneau, ingénieur en efficacité énergétique sur le coup. À leur tour, ils pourront vous éclairer sur l’impact de la ventilation en temps de pandémie. En voici les conclusions, avec les lunettes de nos experts chez Énergénia.

QUEL RÔLE JOUE LA VENTILATION SUR LA TRANSMISSION DU VIRUS ?

L’important à comprendre c’est que la ventilation joue un rôle sur les aérosols (fines gouttelettes) car les grosses gouttelettes tombent rapidement au sol ou sur les objets et ne sont pas captées par la ventilation.

Une bonne ventilation ne remplace pas le masque, la désinfection des surfaces, la distanciation et l’absence de contact prolongé dans un espace fermé.

Dans le cas d’un aérosol, le spectre de propagation est très large et plus la gouttelette est fine, plus elle restera longtemps dans l’air. Elle pourra alors être déplacée d’un espace à l’autre dans le bâtiment en étant aspirée par les systèmes de ventilation ou poussés par les flots d’air. Cependant, comme elle est plus fine, la quantité de virus qu’elle contient peut être plus faible.

Julien et Pascal

QUELLES SONT LES RECOMMANDATIONS ET NORMES DANS LE BÂTIMENT À CE NIVEAU ?

En ayant consulté un bon nombre de sources, l’effet général qui m’en est ressorti est que tout le monde se lance un peu la balle au bond. Il ne semble pas encore y avoir de consensus sur l’efficacité des solutions, car visiblement, les recherches et analyses sont en cours. Il est donc difficile de tirer des conclusions universelles à ce stade.  En l’absence de chiffres clairs, il est généralement recommandé d’appliquer le principe de précaution et de mettre de l’avant les mesures applicables qui ont la plus grande probabilité d’améliorer la situation

Julien

ASHRAE recommande d’augmenter l’air extérieur dans les bâtiments, cependant il n’y a pas de réglementation de référence à proprement parler. Cela dépend de la vocation du bâtiment et aucune corrélation claire n’est faite entre le pourcentage d’air frais à viser par rapport à l’assainissement de l’air obtenu.

Voici quelques pistes qui sont également relevées dans les différentes recommandations :

  1. Installer de meilleurs filtres dans les systèmes de ventilation en visant un niveau d’efficacité MERV-13 ou supérieur est fortement recommandé. Il faut par contre choisir un type de filtre offrant une restriction adaptée à la capacité du système, sans quoi le débit d’air sera indument réduit et d’autres problèmes apparaîtront.
  2. Effectuer des purges du bâtiment qui permettent d’évacuer l’air du bâtiment avant et après son utilisation est conseillé. Cela permet d’effectuer des changements d’air complet dans les bâtiments. Dans le cas où une programmation du genre ne peut se faire faute de contrôles programmables, il est possible de laisser le système fonctionner en continu.
  3. Démarrer les systèmes de ventilation plus tôt et avant l’arrivée des employés en début de journée
  4. Contrôler l’humidité relative de chaque local autant qu’il est possible de le faire. Présentement, bon nombre de bâtiments n’ont pas ce type d’équipements en place, il faut installer des humidificateurs.  Un environnement moins sec réduit notamment la production de microgouttelettes par évaporation, ce qui réduit la propagation par les systèmes de ventilation.
  5. Installer des lampes UVC est également dans la liste, car elles détruisent les virus et les bactéries, mais c’est une technologie qui peut être complexe à installer dans les systèmes mécaniques existants et ce n’est pas applicable dans tous les cas.

À retenir : Réfléchir avant d’implanter

Ouvrir les fenêtres ou admettre beaucoup d’air extérieur dans le système de ventilation en hiver avec le froid peut créer des problèmes de sécheresse de l’air qui rend plus facile la propagation des gouttelettes, donc augmente la propagation du virus. Sans compter la surconsommation énergétique qui paraitra rapidement sur la facture d’énergie, et ce, dès le jour 1.

La clé est d’implanter des mesures avec une portée et une intensité adaptées aux systèmes du bâtiment afin de ne pas créer de nouveaux problèmes en voulant en régler d’autres.

Les intentions sont bonnes, mais il ne faut pas prendre les recommandations à l’aveugle dans quel cas, les impacts négatifs pourraient être plus grands que les améliorations visées par les mesures.

QUELS SONT LES ENJEUX POUR LES GESTIONNAIRES ET PROPRIÉTAIRES IMMOBILIERS DANS L’IMPLANTATION DES MESURES ?

Chaque solution amène un coût d’implantation et un coût énergétique non négligeable. Si le système n’est pas équipé pour chauffer plus, l’apport d’air frais ne pourra être augmenté, car le système n’est pas conçu pour cette charge supplémentaire. Si le bâtiment n’est pas aux normes, d’autres changements devront être faits en amont.

Il faut être bien accompagné pour assurer que les investissements ne seront pas faits en vain et pour minimiser l’impact sur l’augmentation de la consommation qui est inévitable avec des mesures de ce type. L’objectif étant de maximiser la sécurité des occupants face à la propagation du virus, mais sans prendre de risques de défaillance des équipements ou de consommation excessive.

Julien

UNE FOIS LA PANDÉMIE DERRIÈRE NOUS, EST-CE QUE CES MESURES SERONT ENCORE PERTINENTES ET D’ACTUALITÉ ?

Les deux mesures qui seront les plus intéressantes pendant et après la pandémie sont les lampes UVC et les humidificateurs. L’ajout de tels équipements implique un impact sur les frais d’opération et d’entretien annuels du bâtiment, mais le bien-être des occupants sera amélioré au-delà de la pandémie. Le budget doit être prévu non pas seulement pour l’implantation, mais pour la vie de l’équipement installé. C’est comme acheter un chiot à Noël ! Il sera encore là pendant les vacances d’été au chalet.

Julien

COMMENT ÉNERGÉNIA PEUT ACCOMPAGNER LES GESTIONNAIRES ET PROPRIÉTAIRES DANS CETTE DÉMARCHE ?

La bonne approche, c’est de cibler la meilleure solution pour la réalité de CE bâtiment et non de tenter d’appliquer des recettes universelles. Chaque bâtiment est unique, mais la pandémie est là pour tous. En ciblant les mesures ayant le plus d’impact pour le bâtiment en question, il est possible d’éviter des coûts inutiles qui, au final, n’auront pas d’impact sur la réduction de la propagation du virus.

Pascal

Certaines solutions demeurent moins coûteuses, plus temporaires et plus efficaces que d’intervenir au niveau des systèmes électromécaniques. Il demeure plus sécuritaire pour un employeur de laisser ses employés en télétravail plutôt que les faire venir au bureau, même avec la fine pointe de la technologie en matière de ventilation. Dans le même sens que l’on dit qu’il y a moins de risques d’avoir un accident d’auto en restant à la maison !


LE SAVIEZ VOUS ?

Chez Énergénia, nous sommes des optimistes ! Il nous est impossible d’ouvrir les fenêtres et il est complexe d’effectuer des modifications dans les systèmes de ventilation en place dans nos bureaux. Le télétravail est de mise d’ici au vaccin et à la levée des mesures sanitaires.

Cependant, nous ne nous laissons pas abattre. Nous avons tous très hâte de nous retrouver ensemble et c’est pourquoi nous avons décidé d’aller de l’avant avec notre projet d’agrandissement de nos locaux. Espaces collaboratifs et aires ouvertes sont en avant-plan du concept. L’idée est qu’une fois la pandémie derrière nous, une approche de travail hybride s’installera entre le présentiel et le télétravail. Dans tous les cas, si nos gens se déplacent, c’est pour se retrouver, socialiser et collaborer activement ensemble, ENFIN !


SOURCES :

  1. ASHRAE Position Document on Infectious Aerosols, Approved by ASHRAE Board of Directors, April 14, 2020.
  2. ASHRAE Epidemic Task Force, Commercial, Updated 8-17-2020
  3. ASHRAE Epidemic Task Force, Building Readiness, Updated 10-20-2020
  4. COVID-19: Environnement intérieur, INSPQ, 27-07-2020
  5. Article du comité technique du DÉI, Les défis énergétiques et opérationnels des bâtiments face à la pandémie COVID-19, publié le 22-10-2020
  6. RADIO-CANADA Pourquoi la ventilation est importante, 10-12-2020